Harpe pseudo-aléatoire (2025–2026) est une installation qui joue une suite de notes musicales déterminées par un algorithme. L’oreille perçoit une improvisation puis un motif (pattern) ; le code produit une séquence calculable, reproductible à l’identique à partir d’une même graine (seed). L’aléatoire est une illusion fabriquée en informatique et c’est précisément cette illusion que la pièce met en scène, en exposant côte à côte le squelette technique (ordinateur dépecé, câblages) et sa projection sonore sur une scène de vent dans les arbres, comme une reproduction du hasard naturel. La même logique structure Identification (2025) : à travers un programme pseudo-aléatoire de craquage de mot de passe (brute-force), l’installation fragmente une silhouette humaine juxtaposée à des tentatives de piratage, selon des cycles dont la règle est connue dans le script mais dont le résultat reste imprévisible en pratique pour le spectateur. Le corps se défait, se recompose ; l’algorithme tourne en boucle. Ce qui semblait vivant est mesurable, faisant ainsi le lien avec le travail sur l’interface et le corps. — · —. — · —
En informatique, une variable désigne une possibilité d’information que l’on peut convoquer à n’importe quel moment d’un programme sans répétition. Elle est contextuelle : elle trahit le besoin de l’utilisateur d’injecter sa subjectivité dans un environnement numérique qui se veut paradoxalement universel dans ses habitus, tout en étant personnalisé par les algorithmes pour chacun de ses usagers. La variable est le lieu de la tension entre le général et le singulier. Jean Baudrillard posait que nous vivons dans un monde de signes et donc de code (1). Les Wachowski ont matérialisé cette thèse dans Matrix (1999) : les codes tombant à l’écran sont le signe d’un monde où les symboles et les signes sont devenus la réalité même. Mon usage du pseudo-aléatoire s’inscrit dans cette généalogie : il ne s’agit pas de produire du hasard, mais de montrer que ce hasard n’existe pas. Si l'on envisage l’interface comme productrice de réalité, il ne faut pas oublier que cette réalité est entièrement construite dans ses fondements ; dès lors, on peut se réapproprier ce code et, par extension, tout ce qui se passe sur l’écran. Reprendre le contrôle des variables, c’est reprendre la parole face aux codes et utiliser le code comme une parole, car ces codes nous sont imposés. Le pseudo-aléatoire rappelle une évidence sur la condition numérique : l’espace numérique est artificiel par définition, et cette artificialité en dit long sur nos visions du monde, ainsi que sur les représentations que les machines nous imposent (bulles de filtres, interfaces, etc.).